25 juin: Le bilan, un an plus tard… ou simplement faire la paix


Et voilà que le temps passe… Dans quelques jours, ça fera 1 an que nous sommes de retour sur la terre ferme. À notre retour, en juillet 2017, on nous a dit qu’il fallait prévoir le même temps que la durée du voyage pour nous en remettre… Alors est-ce qu’on s’en remet?
Oui et non.

L’autre jour, je suis tombée sur des photos de nous à notre retour. Je vois clairement dans nos visages à quel point toute la famille est fatiguée, dépassée. Je me souviens parfaitement de ce sentiment de malaise, de ne pas du tout avoir envie que ça soit la fin; d’être comme tout le monde, mais d’avancer tellement tranquillement; de parler la même langue que les autres, mais de ne pas se comprendre.


Un jour à la fois, nos yeux s’habituent à voir les mêmes paysages. On tente de voir les rayons du soleil qui se couche à travers les maisons. On voit une partie du ciel qui se transforme. Les étoiles qui commencent à scintiller. Je cherche un peu de nature dans ma ville que j’aime pourtant. Heureusement, il y a cette allée d’érables et le bord de l’eau qui me réconcilient.

L’automne arrive avec sa rentrée scolaire. J’étouffe pour mes filles, mais j’essaie de ne pas le laisser paraitre. Des murs et des murs. Des chaises, des tables. Mais où est la vie?

À la maison, les factures s’accumulent d’achats de toutes sortes. D’abord, la liste qui n’en finit plus d’articles scolaires. Alors que j’essaie de démêler les 4 listes, je dis à ma voisine d’allée du Jean Coutu que durant un an, j’avais un gros paquet de feuilles mobiles et qu’avec ça, on avait couvert pas mal de matières. Elle me regarde sans trop comprendre de quoi je parle… je ressemble un peu à une désaxée.

S’ensuit les factures pour les manuels scolaires et pour les activités scolaires, toujours X 4. Qui a dit que partir en voyage coûtait cher? Tout coûte plus cher depuis que nous sommes de retour.

Je laisse mes filles partir pour l’école, certaines sont heureuses, d’autres non. Je me sens responsable du mal de vivre profond de ma petite Charline. Elle qui a toujours été pétillante de vie, notre épicurienne, trouve que tout est ennuyant, sans saveur. Je tente tant bien que mal de lui faire voir le positif, en même temps, j’essaie de me convaincre.

Par chance, elles vont à une merveilleuse école avec des profs extra… mais il y a toujours ce cadre… trop rigide à mon goût.

Dans les faits, tout va bien. Au niveau académique il n’y a aucun problème. Les filles n’ont pas de difficulté à se réadapter. Mais le soir, lorsque vient le temps de se mettre au lit, j’absorbe les petites et grandes peines de chacune de mes filles.

C’est beaucoup plus exigeant d’être à temps partiel avec ses enfants. L’an passé sur l’eau, on ne ressentait jamais le besoin de s’éloigner d’elles, nos filles ne nous dérangeaient jamais… Bien sûr, il y avait des accrochages, des chicanes, mais sans plus. On était bien. Simplement.

Depuis notre retour, lorsque je vais chercher les filles à l’école, Florane et Daphné se chicanent pour être les premières à me raconter leur journée. Au souper, il se produit la même chose. Finalement, Alixia et Charline ne peuvent jamais placer un mot… ou uniquement « elle me tape sur les nerfs… »

Durant l’automne, on dirait que plus personne ne peut se sentir. Du côté d’Eric et moi, c’est à peine mieux. On dirait qu’on ne parle plus la même langue. On ne se comprend plus. Si un veut aller à droite, l’autre veut aller à gauche. Alors que pendant un an, on prenait des décisions communes sur une base quotidienne, sans jamais se disputer, on réussit à peine à décider ce que l’on mange pour souper… Bon j’exagère, mais à peine!

Durant ces mois, je repense aux paroles d’un courtier, navigateur d’expérience, qui nous faisait visiter un bateau, il y a de cela quelques années. Il nous avait raconté que pour plusieurs, ce projet n’aboutissait pas ou que le voyage avait lieu, mais que le couple ou la famille éclatait. Je me souviens de m’être demandé pourquoi… et de m’être dit surtout pas nous…

Mais voilà qu’il semble qu’il n’y ait plus rien qui nous unit. On n’est plus capable d’aller dans la même direction. Notre famille éclate en mille morceaux. Heureusement, par moment, le lien revient. Je sens et je sais qu’il y a quelque chose de plus profond… Il y a une tempête qui doit passer, mais notre ancre est solide.

Et l’hiver revêt son manteau blanc. Je trouve ça magnifique… tout autant que l’eau turquoise. On redécouvre le ski de fond et on est à nouveau heureux, tous ensemble. La nature nous fait du bien, elle nous apaise. Elle nous manque tant dans notre quotidien.

L’harmonie revient, mais je ne me réadapte pas à la vie tourbillonnante. Pourquoi tout le monde va si vite et pourquoi personne n’a jamais de temps? J’ai l’impression d’être à côté de la « track », d’être la seule extraterrestre… Et je réalise que je l’ai toujours été. La fille un peu étrange qui démissionne d’un emploi qu’elle aime, avec des gens extraordinaires, parce qu’elle a envie de voir ses filles grandir, les voir se réveiller de leur sieste, les voir dessiner, voir leur gribouillage devenir un rond avec deux bras et deux jambes et enfin ressembler de plus en plus à un bonhomme. Vivre chacune de leurs crises. Être là pour les consoler. Voir aussi leurs sourires, entendre leurs éclats de rire. Mais avoir un salaire en moins. Vivre avec moins d’argent, mais vivre plus. Tellement à l’encontre de notre société de consommation.

Pendant un an, la fille étrange était comme toutes les autres filles étranges sur leur bateau… finalement, j’avais trouvé ma normalité. J’y étais bien. Profondément.

Et je suis entrée dans un cours de yoga, parce que ça faisait tellement longtemps que je voulais en faire. J’ai trouvé ça vraiment difficile d’être sur un plancher avec un plafond en haut de ma tête. Moi qui avais fait du yoga uniquement sur le sable du Chat’n Chill à George Town, aux Bahamas. Moi qui avais fait des postures avec le bruit des vagues et le ciel au-dessus de ma tête. Et j’ai pleuré, bien sûr. Pourquoi j’étais là, alors que tout mon être voulait encore vivre de découverte en découverte? Et la prof a répété : « nulle part d’autre où aller qu’ici et maintenant. Tout se trouve à l’intérieur de nous. »

Pendant quelques semaines, je me suis débattue intérieurement avec ces paroles et finalement, de cours en cours, j’ai fini par les accepter… Accepter et faire la paix. Accepter ce qui m’entoure, ce qui me porte. Accepter d’être celle que je suis. Accepter qu’on ne puisse pas changer le monde, mais qu’on puisse peut-être changer notre monde. Accepter d’avoir ouvert une brèche dans la tête et le cœur de mes enfants. Accepter que notre vie n’ait pas pour l’instant aucune direction. Accepter que parfois, il faille s’ancrer et patienter. Patienter et attendre que les conditions soient favorables.

Peut-être qu’en effet, pour l’instant, il n’y a nulle part où aller et que tout se trouve en nous. Il faut réussir à se reconnecter avec soi-même pour pouvoir se reconnecter avec les autres. Sur l’eau, ça se fait naturellement. Le silence, l’immensité de la mer, la nature qui nous enveloppe en continu. Sur la terre, avec notre rythme de vie, c’est plus difficile, mais pas impossible. Tout y est, toujours, en nous. Et le voyage, en fait, ne s’arrête jamais.

Finalement, les mois ont passé. La chaleur est de retour, l’harmonie aussi. On apprécie à nouveau une simple randonnée au mont St-Grégoire. Les filles s’amusent ensemble. La fin d’année scolaire est déjà là. Le bilan scolaire est positif, nos 4 filles ont de très (très!) beaux bulletins : la preuve qu’il est possible de sortir ses enfants du système scolaire durant un an!

Eric et moi, on sait qu’on peut mener bien des bateaux à bon port. Oui, il faut savoir ajuster les voiles, mais aussi, et surtout, faire confiance à tous et à chacun. Respecter que certains doivent par moment se recroqueviller dans un coin alors d’autres doivent sortir respirer le grand air. Et nous savons par expérience qu’après la pluie vient toujours le beau temps. Il n’y a pas de plus beau coucher de soleil que celui qui survient après une journée maussade. Mais, il faut être patient, présent et attentif pour l’apercevoir se faufiler à travers les nuages.

Perla est à nouveau sur l’eau. Elle nous attend impatiemment pour nos vacances. Nous allons en profiter, car nous savons que nous devrons sûrement nous rendre à l’évidence. Puisque nous souhaitons voyager et qu’un voilier, ça ne va pas très loin en 2-3 semaines, il nous faudra probablement lui trouver une autre famille. Mais une chose à la fois. Pour l’instant, ce sont les vacances qui arrivent! On sera si bien dans notre cocon, sur notre Perla.

Alors est-ce qu’on s’en remet? Pas vraiment. Mais est-ce la véritable question? Voulons-nous nous en remettre? Après réflexion, pas vraiment. Malgré les hauts et les bas, nous savons que ce que nous portons est précieux. Nous n’avons plus les mêmes yeux, et nous préférons conserver ce nouveau regard, même si parfois, il nous fait mal. Mes filles, je les vois vraiment, avec leurs forces et leurs faiblesses, je les connais si bien, je les aime tant. Mon chum, je l’aime profondément pour tout ce qu’il est… Parce qu’on est conscient que la vie n’est pas toujours une mer d’huile. Parce qu’on sait tous les deux, qu’il aime le vent, un bateau qui gite et que moi, je préfère un bateau stable avec un vent arrière léger, mais que malgré nos différences, on peut naviguer face au vent, vent de travers et vent arrière et qu'on est toujours aussi bien tous les deux ensemble!

La dernière année a été pleine de reliefs, mais Eric me faisait remarquer que notre année sur l’eau a offert à nos filles de multiples stratégies d’adaptation. Elles ont intégré elles aussi que le beau temps revient toujours, mais que parfois, il faut être patient, que la mer a de multiples visages, mais qu’elle renferme toujours tant de vie et de trésors… comme chaque être humain, d’ailleurs.

Ce « manque » ou plutôt cette remise en question nous mènera ailleurs... exactement où nous devons être.

Bonnes vacances, prenez le temps de prendre votre temps. Regardez ce qui vous entoure, la vie est si belle!

Cynthia

23 avril: Un printemps avec le coeur lourd


Alors que je relis et réécris certains textes de notre année sur l’eau, (je me suis lancée le défi de tout rapatrier pour en faire un livre) mes doigts prennent une pause. Mon regard se tourne vers ma piscine verte qui accueille des centaines de gouttes de pluie. Je pense à Perla. Au fil des mois, elle est redevenue un bateau. Alors qu’il y a un an, nous étions imbriqués, nous ne faisions qu’un avec notre navire, maintenant que nous sommes à nouveau dans notre maison, notre bateau ne vibre plus, ne vit plus. Sinon, je n’aurais pu la laisser seule sous le vent, le froid et la neige. Je ne pourrais la laisser seule sous la pluie.

Chaque chose reprend sa place. Un bateau redevient un simple bateau. Cela va dans l’ordre des choses. Et pourtant, on dirait que tout va de travers. Notre cœur ne sait plus comment battre, nos yeux ne savent plus s’émerveiller. Le capitaine ne sait plus quelle direction donner à l’équipage. L’équipage ne sait plus s’il ne serait pas préférable de se jeter par-dessus bord.

J’exagère un peu. Dans les faits, la vie suit son cours. Tout se passe bien à l’école pour nos 4 filles, mais parfois certains soirs, elles se couchent tellement tristes. Tristes que le quotidien soit si ennuyant. Bien sûr, elles ne réagissent pas toutes de la même façon. Certaines se plaisent dans la routine, ce qui fait mal à mon cœur d’aventurière : je n’ai pas réussi à semer le goût de la découverte en elle? D’autres voudraient que chaque jour soit baigné par de l’eau bleue translucide, qu’il y ait des tortues, des dauphins, des langoustes… Mais cela ne peut être notre réalité, et je me dis encore une fois que j’ai failli à mon rôle de mère, celui de transmettre le goût de la vie, apprécier chaque parcelle de bonheur… notre réalité…  En parlant avec ma chère amie Josée de Thalasso, on se confirmait qu’on ne revenait pas sans séquelles… En effet! Alors, pourquoi avoir eu cette envie de partir… et pourquoi avoir toujours cette même envie?!

Peut-être que quelque part, à l’intérieur de moi, je savais que des moments uniques se cachaient dans ce détachement de notre vie habituelle, que dans la lenteur on pouvait véritablement observer la vie, la nôtre, celle des autres, la vie marine, la vie terrestre sous toutes ses formes. Le retour est difficile, car nous avons trouvé un trésor: un autre rythme de vie. J’ai l’impression que notre cerveau a subi des modifications majeures. Malgré tout,  j’ai envie de repartir une autre fois avec mes enfants, prendre à nouveau le temps de prendre notre temps,  découvrir de nouveaux lieux, de nouvelles personnes, nous redécouvrir nous-mêmes.

Cynthia


La chaleur du mois de mai, une pensée pour Rémy Nolet


Ce midi, mes pieds ont enfin glissé dans mes sandales. Mes orteils se sont alors rappelé une autre époque… elles se demandaient si elles verraient à nouveau le soleil. Elles s’ennuient tellement des Bahamas! Mais ça, c’est une autre histoire!

Cette chaleur du mois de mai me rappelle toutefois une certaine journée en 2015. Les vents qui se lèvent également. En 2016, j’écrivais un texte à la mémoire de Rémy Nolet que l’on nomme le héros du bassin de Chambly. Il a sauvé la vie de son amie. Je présume qu’il aurait souhaité avoir plus d’un gilet de sauvetage à sa portée pour sauver également sa propre vie. L’eau est magnifique, mais parfois traître. Profitons du beau temps, de chaque moment, mais demeurons prudents, car la vie est belle, mais si fragile...

Pour lire le texte écrit en 2016:

Nos souhaits pour la nouvelle année!

On se sort tranquillement la tête de l’eau… il y a un an, c’était au sens propre et tellement plus agréable. Lorsque l’on sortait la tête de l’eau, on se racontait tout ce qu’on avait vu dans ce monde sous-marin : ce poisson énorme, un autre tout petit, mais avec de grands yeux, ces coraux qui ressemblent à un monde enchanté. D’autres fois, c’était pour se raconter l’incroyable beauté des tortues, des dauphins… Par moment, c’était aussi pour aider l’une des filles à replacer son tuba ou son masque, parfois une autre avait avalé de l’eau… Parfois, elles chialaient un peu, se chicanaient… parfois, c’était pour rattraper le dinghy car il y avait trop de courant ou l’eau était trop froide… mais tout de même, dans l’ensemble, les moments où l’on sortait la tête de l’eau avaient un petit quelque chose de magique! Ah, comme on s’en ennuie! Mais revenons-en à l’expression, comme elle est utilisée au Québec.

Cette fois-ci, on se sort la tête de l’eau, car on réussit enfin à reprendre notre souffle, à regarder le blanc qui nous entoure et à trouver ça beau, presque autant que le bleu et le turquoise. Après le chaos du mois de décembre, le temps des fêtes nous a offert un répit en famille dont on avait bien besoin. On a sorti les traineaux et les patins et on a réussi à s’amuser à l’extérieur malgré le froid intense.

Maintenant, le temps des fêtes est derrière nous, ne laissant que du positif dans notre cœur… ou presque! Car il faut aussi se souvenir des points négatifs pour tenter de les faire disparaitre ou à tout le moins les diminuer.

Alors, pour 2018, on vous souhaite, et on se le souhaite aussi, du temps pour ressentir vos rêves, des moments de répit pour sortir du train qui vous pousse à avancer, pas toujours dans la direction où vous voulez aller. De prendre le temps de regarder le train passer et vous questionner. Embarquer dans le suivant pour découvrir d’autres paysages, d’autres façons de vivre. Aller dans la direction que vous voulez vraiment, parce que c’est ce que votre cœur vous dicte et non pas le voisin ou la société. Vivre de vos passions, consommer moins, consommer mieux. Penser, entre autres, à tout ce plastique qui pollue notre si belle planète, qui flotte à la surface des océans, qui remplit tristement les plus belles plages du monde. Au magasin, dans l’allée des jouets ou d’artisanat,  y penser deux fois avant de prendre la grosse boite qui arrive probablement de Chine, avec un gros morceau de plastique à l’intérieur… un morceau qui sert à quoi? À faire des bracelets en paracorde?! (Il ne s’agit que d’un exemple parmi tant d’autres!) Euh, quoi?! Nous, un jour, on a été invité sur un bateau. On a jasé avec deux marins exceptionnels et l’un d’entre eux nous a appris à faire ces mêmes bracelets avec nos dix doigts. Oui, oui, c’est fou tout ce que l’on peut faire avec seulement nos deux mains!

 Les plus beaux cadeaux ne se trouvent pas dans des boites. Les moments passés avec ceux que l’on aime sont bien plus précieux.

Durant le temps des fêtes, on nous a questionnés à savoir si l’on s’ennuyait de la chaleur et de l’eau bleue? Il est vrai que l’an passé, nous nous trouvions dans des endroits paradisiaques, mais le blanc qui nous entoure l’est tout autant. Pourquoi ne ressentons-nous pas ce même sentiment face à nos beaux paysages? Peut-être parce qu’à travers ce blanc immaculé, on voit malheureusement aussi les poubelles et les bacs de recyclage qui débordent, les gens qui courent sans arrêt, les trop nombreuses voitures…

 Ce qui nous manque le plus est bien au-delà du paysage, c’est le rythme de la vie en bateau. Pas de réveil matin pour partir pour le travail ou pour l’école, pas de course dans les magasins, pas de questionnements sur les cadeaux. Pas de surconsommation, pas de gaspillage. Lorsque tu voyages avec tes poubelles, ton rapport au suremballage et aux déchets qu’on laisse derrière soi se transforme. Lorsqu’il n’y a pas d’épicerie à moins de quelques jours de navigation, ton piment est analysé et finalement mangé même s’il fait pitié. Lorsqu’il n’y a pas de magasin, tu fabriques tes cadeaux et ils rendent tout aussi heureux…

Il y a un an, il n’y avait donc pas de magasins et à peine d’épiceries… Mais nous avons fait de magnifiques rencontres. Les gens étaient là, vraiment. Vivaient le moment présent, s’intéressaient à son voisin, se racontaient, questionnaient, étaient prêts à aider de façon quasi inconditionnelle.

C’était un monde différent, en effet, mais qui peut, je dirais même qui se doit, d’exister partout sur la planète. Peut-être me direz-vous : « ce n’est pas pareil lorsque tout le monde est en vacances. » C’est vrai, mais les navigateurs ne sont pas en vacances, c’est un mode de vie qu’ils ont choisi avec tout le merveilleux, mais aussi toutes les difficultés qui y sont reliées. Nous pouvons tous choisir le mode vie qui nous convient. La plus grande différence entre le navigateur et nous, c’est que sur l’eau, il n’y a pas de télé, de radio, de panneaux publicitaires, de vitrine qui dictent ce que nous devons être et ce que nous devons avoir. Il n’y a que notre petite voix intérieure pour nous guider vers le bonheur.

Faites confiance à votre petite voix, elle connait le chemin, le bon. Réalisez un rêve (au moins un, petit ou grand) et passez une merveilleuse année 2018!


Cynthia 


Les 4 petits rennes, de retour au Québec,
vous souhaitent une très belle année 2018!!
On ne peut s'en empêcher.... photo souvenir - décembre 2017!

6 novembre: Des morceaux de verre parmi tant d’autres… et pourtant si uniques pour nous!

Durant une autre journée de grisaille de l’automne québécois, alors que l’on s’ennuie de la chaleur d’il y a un an, on sort nos morceaux de sea glass pour en faire de nouvelles créations. Durant notre voyage d’un an, nous avons acheté très peu de « souvenirs ». Nos souvenirs sont dans notre tête et dans notre cœur et aussi dans quelques petits pots… Pots qui contiennent coquillages, roches, morceaux de verre et aussi des lucky beans.

Chaque fois que j’ouvre la porte de l’armoire où ils sont tous rangés, je leur lance au coup d’œil, j’essaie de saisir ce qu’ils cachent. Ils paraissent futiles, et pourtant ils sont si importants pour nous.

Pour nos créations du dimanche, nous aurions pu aller au Dollarama et acheter un sac de morceaux de verre pour 1 $. On aurait pu choisir les couleurs et la grosseur. Au bout du compte, l’œuvre aurait été la même et peut-être même plus belle aux yeux de certains. Mais, nous n’aimons pas les raccourcis. Nous avons pris un chemin un peu plus long...

Nous avons appris à naviguer à six sur un voilier de 25 pieds, avons acheté un 42 pieds et préparés tout ce qui se rattache de près ou de loin à un voyage au long cours. Nous sommes partis en avançant à une vitesse moyenne de 5-6 nœuds, c’est-à-dire pratiquement la même vitesse qu’à vélo, avons dû attendre que la météo se calme, que les ouragans cessent, que la mer nous ouvre une fenêtre, nous offre son immensité et  nous fassent découvrir le bleu océan. Nous avons alors traversé vers les Bahamas et découvert des iles toutes plus belles les unes que les autres entourées d’eau turquoise…

Nos yeux se sont alors habitués à voir le merveilleux dans l’immensité, mais aussi derrière chaque petit trésor enfoui, les étoiles de mer, les conques, les dollars de sable, les sea biscuits… mais ensuite de façon plus subtile les lucky bean, le sea glass. Nous les avons cherchés longtemps et finalement trouvés. Nous nous sommes sentis privilégiés comme s’il s’agissait de diamants. Je nous revois sur l’une des dernières iles que nos pieds ont foulées aux Bahamas à chercher le sentier qui devait nous mener du côté de l’île où, semblait-il, se trouvait des trous à sea glass. Quel bonheur que de trouver ces petits morceaux qui ont tant voyagé et qui ont été polis à travers le temps.

Que s’était-il passé durant ces derniers mois à avancer à une vitesse de tortue pour que nous nous émerveillions devant de minuscules morceaux de verre? Pourquoi balayer l’infini des plages, bouger les algues pour voir ce qu’elles cachent avec comme seul objectif de trouver des lucky beans?!

Peut-être parce qu’ils ont beaucoup à nous enseigner? Parce qu’ils ont voyagé à travers les océans, se sont laissés bercer, ont affronté les éléments et se sont laissés transformés, sans offrir de résistance.

Chaque parcelle trouvée recèle sa propre histoire. Comment maintenant pouvoir entrer dans un magasin et trouver un sens à tout ce qui nous entoure? Ce n’est pas l’objet qui fait le bonheur, mais ce que l’on a vécu pour l’atteindre. Peut-être est-ce pour cette raison qu’il est si difficile de trouver un but à notre existence dans notre société de consommation. Il est possible d’acheter tout ce que l’on souhaite, mais le chemin pour l’atteindre est vide de sens : prendre sa voiture, entrer dans un magasin, prendre un objet qui existe en millier d’exemplaires, payer et voilà, on le possède. Mais, que nous apporte-t-il, nous raconte-t-il une histoire?

Le même phénomène se produit avec les lieux visités. Lorsque je regarde certaines photos qui me plongent dans un moment, un état d’esprit, je suis consciente que le lieu a d’exceptionnelle le chemin parcouru pour l’atteindre. Prendre l’avion pour visiter un endroit en vitesse n’aura jamais le même effet que de s’y rendre lentement, attendre, modifier ses plans, attendre encore, car il y a un autre front froid (!), visiter des lieux où l’on ne pensait pas s’arrêter qui nous mènent ailleurs et en même temps au plus profond de nous. Discuter avec d’autres humains, réaliser que nous sommes tous reliés, même si nous sommes un peu éparpillés, que la vie est parfaite, que nous nous trouvons exactement où nous devons être et pourtant pas toujours où nous pensions aller. Un peu comme ces morceaux de verre qui ont dû tant voyager, se sont fracassés contre des rochers, ont pensé que tout était terminé, se sont laissés attendrir ou plutôt polir, ont été recueillis par des petites mains ont patienté durant de longs mois pour enfin retrouver une nouvelle forme. 

La vie suit son cours.  Elle a besoin d’espace et de lenteur pour nous montrer tout son sens.

Cynthia

Un lucky bean d'apparence si banal... mais lorsque l'on connait le trajet qu'il a parcouru... il n'est plus si banal.
Les premiers dollars de sable trouvés intactes le jour du décès de ma grand-maman.

Une merveille de la nature (et bien deux!)

Un lambi, une conque... il a bien des noms, mais il est toujours magnifique.



Une étoile de mer qui retournera à l'eau pour en émerveiller encore plusieurs!

Ces fameux rochers qui emprisonnent les morceaux de verre.

Sea biscuit blanchi par le soleil.

Quelques-unes des créations, par une belle journée pluvieuse:
crabe et poisson; phare et voiliers






Pis ton voyage?


De retour sur la terre, le monde des terriens, avec les autos qui vont vites, la vie qui va vite.  Et nous, on va toujours à la vitesse du vent.

 Retour à la vie normale.  Normal, quel mot plate.  Un mot qui peut rassurer quand ça va mal.  Mais quand on parle de la vie et de nos projets, je n’aime pas le mot normal, c’est trop normal, c’est déprimant.

Quoi faire pour contrer la déprime?  Je regarde autour de moi… voilà, le toit du cabanon coule, le plancher est fini alors,  on construit un cabanon!  Ah oui, il faut aussi acheter une nouvelle voiture, de nouveaux vélos pour les filles, de nouveaux vêtements, le matériel scolaire, tailler la haie…ouf, ça va trop vite.  On ne peut pas tenir ce rythme. On ne peut pas construire sans cesse des cabanons pour oublier l’eau bleue.

J’entre au centre d’achat pour la première fois depuis 1 an, ma nouvelle affectation m’oblige à renouveler ma garde-robe.  Fini les sandales qui m’ont si bien protégé des petits cailloux et coquillages dans le fond de l’eau.  Fini mes t-shirts délavés par le soleil, mes shorts déchirés et troués.  Terminé mon maillot de bain, fier partenaire de mes chasses sous-marines. Fini ma petite casquette et mon chapeau qui permettaient à mes cheveux de pousser au gré du vent et de prendre une teinte blond Bahamas.

-Pis ton voyage
-ha c’est incroyable, la vue, l’eau, le sable, les poissons …le plus difficile c’est de revenir.
-Des regrets?
-Oui, ne pas être parti plus longtemps.
- Ça doit être le voyage d’une vie?
-Non, je souhaite que ce soit le point de départ de quelque chose , pas une fin en soi.
-Est-ce que le retour est difficile?
-Oui, tout change, tout est trop facile, trop vite.
-Pis as-tu vécu des aventures ?
-Oui pleins…..Silence…
…. Je veux tout raconter, mais je me sens trop lent.  On dirait que je parle trop lentement pour ceux qui m’écoutent.  Les mots ne viennent pas , chaque fois que je raconte mes histoires, je revis mon voyage.  Tu dois être dans ma tête pour comprendre mon voyage, je ne peux pas le résumer en une poignée de main.

 Viens prendre un café, je vais te décrire les différentes teintes de bleus dans lesquelles mon bateau voguait.  Viens diner, je vais pouvoir te dire comment je me sentais bien sous l’eau à chercher les langoustes.  Viens marcher, je vais t’expliquer comment nous avons vécu nos ouragans et nos tempêtes .  Viens souper, je vais te parler toute la soirée des plus beaux couchers de soleil au monde que nous avons admirés tous les soirs avec notre coupe de vin.

Je veux en parler longtemps, je veux continuer à le vivre, je ne veux pas que ça cesse.

Le retour au travail avec plein de collègues qui nous ont suivis, qui s’intéressent à notre aventure, qui ont des questions.  Ça fait aussi parti du voyage, de raconter, de faire voyager les autres avec nos récits, nos images.  Mais nous demeurons en décalage du monde, nos discussions ne sont plus les mêmes. Un an de voyage, ça ne se raconte pas comme un tout inclus  à Cancun.

Nous avons besoin de revivre notre voyage.  Nous cherchons les teintes de turquoises dans le fleuve St-Laurent au travers des grues et des barges du nouveau pont Champlain.  À la moindre brise de vent, on tourne la tête pour savoir d’où il vient.  Assis sur notre balcon, nous cherchons l’horizon pour pouvoir dire bonne nuit au soleil, mais non, la haie est trop haute, il y a trop de maisons, trop de bâtisses.

Nous savons que la déprime approche, tous les autres voyageurs nous l’ont dit : c’est pas facile de revenir.  Sortir du rêve, tomber du nuage, revenir à la normale.

On se rappelle qu'un rêve a pris fin,  mais que plusieurs autres se poursuivent.  Cette famille, cette maison, cet emploi,  nous l’avons aussi rêvé.  Un rêve qui se termine en fait naitre d'autres. C'est justement la possibilité de réaliser un rêve qui rend la vie intéressante (Paolo Coelho, l'Alchimiste)  alors ça y est, c’est confirmé, nous sommes accros aux rêves.

Alors en attendant le prochain départ, je termine de clouer le bardeau sur le toit de mon nouveau cabanon.  Une grosse journée de travail, vite il faut terminer avant la noirceur.  C’est à ce moment que Cynthia, assise sur le toit   me fait remarquer : Wow Eric, regarde, c’est comme sur Perla,  on voit le coucher du soleil… allons chercher nos coupes de vin!

 Eric






31 juillet: Le retour... comment faire pour revenir au quai, mais ne pas y rester?



Il y a un an exactement, on se réveillait sur le lac Champlain. Notre premier réveil sur le lac de l’année, après un mois complètement fou. Ce matin, Eric repart travailler, pendant que nos 4 filles dorment toujours paisiblement dans leur lit. Il ne faut pas vivre dans le passé, mais c’est plus fort que nous… on ne peut pas faire autrement que de penser à « il y a un an » et les larmes coulent encore. J’ai renoncé à les retenir il y a déjà bien longtemps.

La vie reprend son cours. On doit regarder en avant. Avec cette année qui est imprégnée dans notre cœur. Année qui est hors du temps, qui ne semble pas exister. Au-delà de tout, nous sommes conscients du luxe que nous nous sommes permis. Un an en famille.



 Alors le retour, ça se passe comment?

On nous avait mis en garde avant notre départ. D’ailleurs, bien des années plus tôt, alors que je travaillais pour Canal Vie, nous avions diffusé un documentaire, qui devait d’abord être un récit de voyage autour du monde en famille durant un an, transformé en documentaire qui sensibilisait à la dépression trop souvent cachée chez les hommes : le père de famille s’était tristement enlevé la vie après le retour à la vie dite normale. Cas extrême, peut-être, mais  bien réel.Troublant. L’une de mes patronnes connaissait la conjointe, la maman. Bien sûr, Eric et moi en avions longuement discuté.

Durant notre année sur l’eau, les équipages rencontrés nous l’ont confirmé : « On ne se le cachera pas, il y a une déprime petite ou grande qui suit ce voyage. »

La planification du retour est donc tout aussi importante que celle du départ. Plus facile à dire qu’à faire. Eric, en tant que bon père de famille rationnel, m’a cassé les oreilles avec ça plusieurs mois avant notre départ. J’avais alors de la difficulté à imaginer les mois à venir, comment pouvoir planifier ce que nous ferions dans un an? Oui, il faut savoir planifier, mais parfois nous n’avons pas d’autre choix que de nous laisser porter par le courant. L’essentielle était donc de ne pas avoir de stress financier et d’avoir un peu de temps à notre retour pour se réhabituer à la vie sur terre.

Tous les équipages vivent le retour différemment, chaque individu le vit à sa manière. Nous sommes une famille de 6, ce qui fait 6 façons de revenir sur la terre ferme. Ça fait beaucoup d’émotions qui partent dans diverses directions et qui s’entrechoquent par la suite.

Certaines de nos filles souhaitent retourner sur le bateau alors que d’autres pleurent pour rester à la maison... Alors qu’auparavant, toute la famille était heureuse de s’y rendre… même lorsque nous étions 6 sur un 25 pieds. Que s’est-il passé? Pourquoi sommes-nous si divisés? Du côté des parents, c’est un peu la même chose. Est-ce que notre famille éclate après un an de proximité?

Il faut laisser le temps faire son œuvre.

Avant le retour au travail, nous nous sommes permis une ultime semaine de vacances, sur le lac Champlain.

On rassure celles qui craignent les longues journées de navigation : ce sera de vrais vacances cette fois-ci. Durant ces journées, la magie opère à nouveau. Comme nous sommes bien sur l’eau! Chaque membre de la famille voit ses souhaits réalisés : soirées en paddle board et en kayak, promenade à l’aurore vers les pointes rocheuses de l’ile Valcourt pour un peu de solitude et de méditation, plage, jeux, pizza à Burlington, moment avec cousines, oncle et tante (qui viennent de s’acheter un bateau! Youpie!), rencontres avec des bateaux-amis, rigolade, journée complète de jeux de société en famille (oui, même les jours de pluie sont appréciés en bateau!). Une magnifique semaine où nous avons pu savourer le bonheur de naviguer à voile : au près, au portant et même avec le spi.

Soirée paisible à Deep Bay. Un peu de solitude pour Alixia.

Le retour de superwoman!

Les couchers de soleil... on ne s'en lasse pas.

Le quatuor de canards savoure
les derniers rayons de soleil de la journée.

Wouhou! On sort le spi!

La gang de cousines à Burlington!

Perla VII a eu la chance de voguer sur l’eau durant un peu plus d’un an. La mise à l’eau a eu lieu le 22 juillet 2016. En cette fin juillet, à l’île Valcourt, pendant qu’Eric et moi lui frottons la bedaine, Perla m’a chuchoté à l’oreille que c’était correct. Il était prêt, tout comme nous. Nous pouvions le sortir de l’eau. Notre beau navire a la quille sale et un bon nettoyage lui fera du bien. Il a connu ça, dans le passé. Perla sait bien qu’on connait la date où l’on sort de l’eau, mais on ne sait pas toujours quand nous y retournerons. Certains étés dans le passé se sont déroulés sous un chaud soleil, inconfortable sur des pattes qui reposent dans la gravel…. Maintenant, avec sa sagesse, il sait que l’attente en vaut la peine. Vaut mieux un moment hors de l’eau que toute une vie au quai. Un entre-deux confortable certes, mais qui n’a rien d’excitant, de spontané.

Combien d’entre nous passons notre vie au quai?

Par un beau matin, Perla sort de l'eau.... Après une magnifique année!


Pourquoi est-il difficile de revenir?

On nous a demandé si ce voyage avait comblé nos attentes. Pour ma part, étrangement, je n’en avais pas vraiment. Cela me déstabilisait même avant le départ. Mon unique souhait était de vivre en famille de façon différente, de réussir ce périple une étape à la fois. Je crois qu’au fond, je voulais vivre simplement, sans les contraintes de notre société.







Durant cette année, où nous nous sommes laissés porter, où tout n’a pas toujours été rose, nous avons vécu des moments d’une telle intensité que chaque fois une brève réflexion me traversait l’esprit. « Est-ce possible de vivre de tels moments, d’une telle intensité, sans être rendu à la fin de notre vie? Je vais peut-être mourir, là. » Il y a des instants trop irréels pour être vécu de notre vivant. Est-ce ce que certains appels des miracles? Mais, nous ne sommes pas morts. Force est d’admettre que ces moments peuvent être vécus aussi sur notre magnifique planète. Mais ces moments surviennent à travers la lenteur, l’attente, après de nombreux jours où il ne se passe rien, parfois aussi après un instant où rien ne va.  Ces moments ne s’achètent pas, ne se planifient pas.


Une fois que l’on connait cette vérité, pouvons-nous revenir « au quai »?

Perla VII à Warderick Wells




À Georgetown, les voiliers semblent faire leur salutation au soleil.
Cadeau de la mer après un 24 heures pénible
dans le trou du "mail boat" avec des vents violents de l'ouest!!

Le retour

Le 25 juin dernier, nous avons foulé le sol du Québec. Mes parents sont venus nous rejoindre à Rouses Point, nous laissant notre camion qui nous attendait sagement depuis 11 mois. En repassant devant la marina Lennox, il me semble que notre départ était la veille, comme si nous avions cligné des yeux et voilà, c’était fini! D’ailleurs n’était-ce pas qu’un rêve? Mes yeux remplis d’eau s’attardent à la station d’essence où je suis allée remplir nos bidons de diesel tard la veille du départ, le IGA où j’ai couru acheter d’autres bouteilles d’eau au cas où… Vraiment! 11 mois se sont écoulés depuis cette soirée?

Notre camion se stationne chez ma grande sœur, ma grande sœur qui me prend dans ses bras. Nous voici de retour, comme si nous n’étions jamais partis.

Un 24 heures s’écoule à la campagne entre le terrain de ma sœur et mon beau-frère et celui de mes parents. Mon autre sœur se joint à nous avec sa marmaille. Il n’en manque qu’une… Le Témiscamingue la garde loin de nous! Les retrouvailles seront pour plus tard. Nos filles courent sans arrêt avec leurs cousins, cousines; Charline retrouve avec bonheur son lapin, Charlot. Daphné semble étourdie, nous le sommes tous un peu. Tout va vite, tout le monde va vite! Mes sœurs et ma mère sont tellement efficaces! Les repas se font dans l’abondance, le comptoir est grand, la nourriture diversifiée. Des aliments de toutes sortes de couleur!

 Ça fait du bien de se retrouver en famille, d’échanger avec ceux que l’on aime.


Retrouvailles avec une partie des cousins-cousines!

Ah! Ce Charlot!
La nuit est paisible, le réveil a lieu quand même à 5 h.

On repart sur Perla, on a hâte de retrouver le calme de l’eau. Mais ça ne dure qu’un instant. Après quelques minutes, nos filles n’ont plus envie d’être là. Sur l’eau, sur Perla. Par chance, des amis viennent nous rejoindre en après-midi. On est heureux de retrouver les Tremblay-Vallières. On ne voudrait plus qu’ils repartent. Toutefois, la noirceur arrive et le lendemain, il y a une journée de travail. Ah, la vie ne se passe plus sur l’eau. Nos amis n’ont pas que deux minutes à faire en dinghy pour retrouver le confort douillet de leur lit, le lendemain n’est pas congé. On prend conscience que cette vie est terminée. En même temps, d’autres amis nous écrivent pour qu’on planifie une journée pour se voir… Planifier une journée?!

Pendant près d’un an, on a planifié nos navigations en fonction de la météo, mais on n’a jamais planifié de journée pour voir des gens… sur l’eau, on voit ceux qui croisent notre route. C’est ce qui réserve les plus grandes surprises… et aussi certaines tristesses de ne plus revoir certains équipages.
Mais planifier, mettre un x sur une journée, rentrer des gens dans un calendrier, avoir un horaire… On comprend bien que tout le monde a une vie bien remplie et qu’il faut avoir un agenda bien organisé si on veut réussir à voir nos amis… mais ça détonne tellement de notre vie des derniers mois.

Pendant 11 mois, chaque jour était rempli, mais il nous était impossible de dire ce que nous allions faire 2 jours à l’avance. Le calendrier était vide, les journées se remplissaient de moments présents uniquement. 

Il nous est difficile de voir 24 h à l’avance, alors nous demander ce que nous faisons dans 3 semaines relève du miracle. "Un jour à la fois" chantonne ma grand-maman dans ma tête.

Après le départ de nos amis, il pleut sans arrêt. Nous n’avions pas vu autant de pluie depuis longtemps. Les nuages veulent nous faire comprendre qu’il faut rentrer à la maison.

Le 29 juin, on laisse Perla et on retourne à Chambly. On a la chance d’avoir eu une locataire extraordinaire. La maison est impeccable. On dirait que nous revenons de 2 semaines de vacances et non pas d’un an sur l’eau.

Les filles sont excitées de retrouver leur chambre. Daphné et Florane sortent leurs toutous et leurs jeux… Beaucoup trop d’objets!

Les parents d’Eric viennent nous visiter. Nos filles revoient leurs amies. Elles ne s’échangent pas trop de questions. Après un petit moment froid, elles jouent comme si elles s’étaient vues la semaine dernière.

Étrange sensation qu’il ne s’est rien passé encore une fois. Avons-nous rêvé?! Alain Kalita (navigateur et auteur) vient à ma rescousse, je replonge dans son récit : « Elle rêve avec moi ». Ses écrits me permettent de voyager encore. Ses mots me confortent. Comme s'il y avait bien peu de gens qui pouvaient nous comprendre...

On repart sur Perla après 2 courtes journées à la maison avec comme objectif de naviguer jusqu’à Burlington pour voir les feux d’artifice du 3 juillet. Objectif qui ne sera pas atteint. On dirait qu’on ne sait plus comment faire pour partir, canaliser notre énergie, donner un sens à notre équipage. Des bulles d’émotions me gagnent par moment, sans prévenir. C’est le chaos… Alixia n’en peut plus d’être avec ses sœurs. Charline est si triste qu’il n’y ait plus d’eau bleue. Daphné a besoin de courir, Florane trouve que sa maison-bateau est bien plus petite que sa maison sur terre… Eric voit la longue liste de choses à faire… et moi je rêve encore de voyages… Il faut se rappeler que « du chaos naissent les étoiles. » 

Heureusement, à travers ces heures étranges, on croise la charmante famille du voilier Oceo qui eux sont en préparation pour un voyage de deux ans. On échange sur leur rêve et sur le nôtre qui se termine. À travers nos nombreux aller-retour vers le camion, on rencontre également le couple du voilier Marie-Jeanne qui a connu les anciens propriétaires de Perla aux Bahamas. À ce moment, les yeux de Florane et Daphné s’illuminent. Elles racontent en détail la soirée que nous avons vécue sur Bonaparte. (Le bateau des anciens propriétaires de Perla).

Ça me fascine. Alors qu’elles répondent à peine lorsque les gens leur demandent ce qu’elles ont aimé de leur année, à un point tel que je me demande parfois si elles ont aimé quelque chose ou encore si elles ont déjà tout oublié, voilà qu’elles peuvent dire avec précision tout ce qui s’est passé lors d’une soirée qui a eu lieu 7 mois plus tôt.

Finalement, après 2 jours au quai, nous revenons à la maison. On apprécie notre douche chaude quotidienne, notre frigo, notre grand garde-manger. Chaque fois que j’ouvre un tiroir, je suis impressionnée d’en voir la grandeur.

On retrouve le bonheur de faire du vélo, d’autant plus que maintenant, même Florane a un vélo de grand! On réapprend à vivre, pour certains c’est facile, pour d’autres plus difficile.

Pour la première fois depuis de nombreuses années, on ne s’en va pas dans la même direction. Eh bien, il n’y en a plus, pas pour le moment. C’est un peu déstabilisant. Nos filles sont nées l’une après l’autre avec ce départ prévu. Maintenant… qu’est-ce qu’on fait? On veut quoi? Pour l’instant, c’est flou, vraiment flou.
Mais notre semaine sur l’eau nous a apaisés. On sait que toute la famille peut encore y être heureuse. On sait que nous sommes dans un entre-deux. Il faut laisser la poussière redescendre. Assimiler tout ce que l’on a vécu. Laisser venir à nous tous les merveilleux moments. Pleurer des fois, rire aussi. Et regarder vers l’avant.  

Cynthia

Je vous laisse sur les derniers poèmes d'Alixia et Charline :

La terre ou la mer?
Entre la terre et la mer
Je préfère la mer

Je n’ai aucune raison
Seulement, je me sens mieux sur elle
Et puis, elle est si belle
Sur la mer, je suis mieux qu’à la maison

La terre
Est ordinaire
Mais la mer
Est extraordinaire

Pleine de merveilles
Elle veille
À être toujours aussi magnifique
Et aussi magique.

Alixia
Perla, seul au monde.
Warderick Wells
Lee Stocking Island



La terre ou la mer?
Moi, j’aime mieux la mer
Parce que c’est bien mieux que la terre
C’est vrai que j’aime mon lapin
C’est pour ça que j’aimerais l’amener sur mon bateau avec les animaux marins

La mer, on dirait que c’est ma maison
Avec les dauphins et les poissons
Je suis bien mieux sur un bateau
Parce que je suis sur l’eau

J’aimerais bien vivre tout le temps sur Perla
Mais là, je ne peux pas
Parce qu’il faut retourner sur la terre
Parce que ça fait un an qu’on navigue sur la mer.


Charline
Conception Island

Conception Island